On raconte l'histoire d'un coq qui monta
Sur un tas de fumier et se mit à gratter.
Suivant sa nature, il cherchait
Sa nourriture comme il en avait l'habitude :
Il trouva alors une pierre précieuse,
La vit brillante et l'examina :
« Je pensais, dit-il, trouver
Ma nourriture sur ce fumier,
Mais j'ai trouvé ici une gemme.
Par moi, vous ne serez pas bougée.
Si un homme riche vous avait trouvée ici,
Je sais bien qu'il vous enchâsserait dans l'or ;
Il se fierait à votre éclat,
Pour cet or qui a une grande beauté.
Mais puisque je n'ai aucun désir de vous,
Vous ne recevrez aucun honneur de ma part. »
Moralité
Il en va de même pour bien des gens :
Si tout ne vient pas selon leur désir,
Ils font comme le coq et la gemme.
Nous l'avons vu chez les hommes comme chez les femmes :
Ils ne prisent ni le bien, ni l'honneur,
Ils choisissent le pire et méprisent le meilleur.
Du Coc racunte ki munta
Sour un fémier, è si grata
Selunc nature purchaceit,
Sa viande cum il soleit :
Une chière Jame truva,
Clère la vit, si l’esgarda ;
Je cuidai, feit-il purchacier
Ma viande sor cest fémier,
Or ai ici Jame truvée,
Par Moi ne serez remuée.
S’uns rices Hum ci vus truvast,
Bien sai ke d’or vus énurast ;
Si en créust vustre clartei,
Pur l’or ki a mult grant biautei.
Qant ma vulentei n’ai de Tei
Jà nul hénor n’auraz par Mei.
MORALITÉ.
Autresi est de meinte gent,
Se tut ne vient à lur talent,
Cume dou Coc è de la Jame ;
Véu l’avuns d’Ome è de Fame :
Bien, ne henor, noient ne prisent,
Le pis prendent, le mielx despisen
